Mise à jour : samedi 18-jul-15

galerie de Gajac

Petite histoire de la galerie

racontée par Christine Mourgues

IL FAUT OUVRIR DES PORTES....


Et un jour de novembre, plus précisément celui de mon anniversaire, alors que je revenais à ma voiture garée sur le parking de la poste, je passe devant la vitrine de cette ancienne galerie : lieu mythique bien connu des Villeneuvois pendant…très longtemps pour bien des raisons.
Toujours cette même pancarte depuis 3 ans sur le verre de la porte : A LOUER …et un numéro de téléphone. Le rêve de ma mère !
Elle qui avait des photos de mes oeuvres dans chaque pièce de sa maison de poupée ! Combien de fois lui ai-je entendu dire : « Il te faudrait un lieu pour exposer, toi qui reste à travailler et qui rechigne à exposer ! » Puis elle nous avait quittés sans voir son rêve se réaliser.
Et ce jour particulier, je ne sais pourquoi, face à la galerie, je prends mon portable, téléphone au propriétaire des lieux et je me renseigne, par curiosité.
« Vous êtes où ? » me dit-il
« Devant la galerie et vous ? » lui rétorquais-je
« Dessus » me répondit-il , « Je descends ».
Il me fait rentrer dans un local nu à l’état brut, il me parle de prix de location d’un air mi désinvolte, mi désabusé. On fait connaissance, on parle d’Art….longtemps.
Puis je lui annonce directement que je préfère acheter, chose qu’il n’avait pas prévue du tout ; il reste un petit moment interdit et je lui pose la question du prix de vente.
Alors, à ce moment -là, il m’annonce la somme exacte que m’avait laissée ma mère !! Beau cadeau d’anniversaire : j’achète.
Et durant ce temps relativement long des travaux, j’en profite pour m’intéresser au passé de ce lieu magique qui avait imprégné tant de monde pendant 20 ans. On y trouvait des oeuvres d’artistes de grand renom, des tapis persans, du mobilier ancien…une ambiance surtout.
Et avant ?

Alors je remonte le temps, je vais aux archives ; j’y récolte quelques renseignements.
Et un samedi, alors que j’avais ouvert la galerie depuis 15 jours environ, arrive un Monsieur d’un âge certain qui me dit avoir été le propriétaire des lieux durant 50 ans à l’époque où c’était une imprimerie (d’où les lettres d’imprimerie sur la cheminée) ; « vous allez me raconter cette histoire » et je prends rendez-vous.
Grâce à tous ces renseignements, je peux désormais remonter le fil d’Ariane de ce lieu magique et vous le faire partager car il est intimement lié à l’histoire de la ville.


On remonte au début des années 1900 à l’époque où ce lieu abritait une mercerie dont il est resté longtemps en place une immense table bordée de multiples tiroirs qui servaient à caser des boutons de différentes tailles et couleurs, des fils de différentes grosseurs et j’en passe ! Sur elle s’étalaient les patrons qui servaient à confectionner robes et tailleurs, manteaux et chemises. Cette table fut d’ailleurs très utile quand le local fut transformé en imprimerie.
A Villeneuve, au début du XXème siècle, six imprimeries travaillaient pour la population dont une qui était dirigée par Renaud Leygues, imprimeur appartenant à cette famille bien connue des habitants d’hier et d’aujourd’hui. L’imprimerie fut installée un temps dans la maison familiale puis rue de Casseneuil et enfin, Cours Victor Hugo ; en 1901, elle comptait cinq compagnons dont un certain Antoine Fleury, typographe. De cette imprimerie sortit, entre autres, un hebdomadaire de tendance gouvernementale qui se nommait : L’ESSAI. Le 2 août 1914, L’ESSAI cessa de paraître. Le matériel fut alors vendu à cet ouvrier, Antoine Fleury et servit par la suite à imprimer : “Le Villeneuvois” (1918-1944), “Marianne” et “Le Réveil Socialiste” (1950).

 

 

 

 

imprimerie Leygues

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Monsieur Fleury s’installa alors 19 rue de Penne ( actuelle galerie) et continua à imprimer ces différents journaux jusqu’à son départ. Le lieu fut acheté par Mr PENILLOU ( certains habitants se souviennent encore de l’enseigne). Cet homme , imprimeur, se maria avec Madame Guilbaut qui avait un fils. Et un jour, le drame se produisit, Mr Penillou tomba malade et son associé de l’époque se trouva seul à diriger l’entreprise. Madame Guilbaut décida alors de prendre des parts dans cette aventure et son fils , âgé de 15 ans , promis au séminaire mais pas passionné par sa vocation, entra comme apprenti à l’imprimerie . Mr Guilbaut fils fera fonctionner ce lieu pendant 49 ans, se spécialisant dans les faire-part, les en-têtes de lettres, cartes de commerce. L'imprimerie prend alors le nom de Penillou-Guilbaut en 52. Elle emploie 3 personnes plus des " petites mains"
C’est à cette époque que Mr Guilbaut revoie un ancien du petit séminaire devenu directeur du journal "l'opinion indépendante" ; il achète une rotative et va imprimer cet hebdomadaire de19 68 à 1989 à raison de 16h de travail par jour jusqu'au décès du directeur; il existe alors 7 imprimeurs à Villeneuve.

Aujourd’hui, cet homme m’avoue changer de trottoir quand il passe devant la galerie ; il s’est épuisé à la tâche et ces souvenirs sont encore difficiles. Pourtant, à la vue de cet espace désormais rénové, tout en m’indiquant qu’ici se trouvait la rotative, là l’immense table de l’ancienne imprimerie…ses yeux se chargent d’émotion. Il me dit qu’il viendra…régulièrement et cela me plaît.
Je sais désormais que l’espace que j’habite a une âme, celle réunie de tous les gens qui y ont vécu des moments passionnants. J’espère aussi que cette nouvelle galerie accueillera des gens passionnés par leur art et l’histoire continue …..

 

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